jeudi, 20 décembre 2018

« Il n’y a pas de doute, le projet TAPI sera réalisé »

Dans une Interview accordée à Turkmenportal, Jürgen Krahn, le directeur général de CIFAL, a donné son opinion sur le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde et sur un autre sujet important pour le Turkménistan, le projet, tout aussi considérable, de gazoduc Transcaspien qui relierait les terminaux gaziers de Türkmenbaşy à ceux de Bakou (Azerbaïdjan) par le fond de la mer Caspienne.

Pour Jürgen Krahn, l’une des raisons du succès de la conférence internationale « Oil and Gas of Turkmenistan 2018 », qui s’est tenue en novembre, est que de nombreux participants voulaient avoir plus de détails sur le gazoduc TAPI, le projet le plus important pour la région en termes politiques et économiques.

« Le projet est divisé en deux phases, a-t-il expliqué, la première consiste à construire un gazoduc sans stations de compression, ce qui permet de pomper 11 milliards de mètres cubes de gaz, puis le projet sera étendu à la construction de stations de compression. Chacun comprend bien que ce n’est pas simple. Ce n’est pas si facile, et tout le monde le comprend. La difficulté de mettre en œuvre un projet de cette envergure n’est pas seulement financière, car il faut prévoir beaucoup de choses. Néanmoins, tout est organisé de manière très professionnelle, les partenaires les plus fiables sont choisis dans le monde entier, les plus expérimentés. Il n’y a pas de doute, le projet sera réalisé, et le gaz turkmène arrivera bientôt en Inde. »

Après avoir souligné le professionnalisme des entreprises qui participent au projet, notamment de la société allemande ILF, partenaire de CIFAL, M. Krahn a répondu à une question sur l’instabilité de la situation en Afghanistan qui pourrait affecter la mise en œuvre du projet.

« J’ai travaillé pendant quatre ans en Afghanistan et je conviens que la situation n’y est pas facile. Mais, contrairement aux Européens, le Turkménistan comprend les processus en jeu. Le pays aide l’Afghanistan dans de nombreux secteurs. Cela crée des conditions complètement différentes qu’on ne connaît pas en Europe. Qui sait que le Turkménistan fournit de l’électricité gratuitement ? Ou qu’il fournit du gaz liquéfié ? Cela crée des conditions favorables. Je pense que s’il y a le seul pays du monde qui comprend parfaitement l’Afghanistan, c’est bien le Turkménistan. Je fais confiance aux partenaires locaux. »

Avec optimisme, le directeur général de CIFAL, conclut que même si la situation dans ce pays n’est pas assez stable, le projet TAPI est porteur de nombreux avantages qui profiteront à l’Afghanistan. Ainsi, tous les problèmes pourront être résolus.

Une autre partie de l’interview était consacrée au projet de gazoduc sous la Caspienne.

« Il s’agit d’un projet intéressant. Après la signature de la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, le processus de ratification de ce traité est en cours dans tous les pays concernés. Cet accord présente de nombreux avantages pour le Turkménistan, et je pense que cela permet aujourd’hui de parler réellement du gazoduc Transcaspien. L’Europe entière est intéressée par l’obtention de gaz turkmène. Il me semble que si le Turkménistan et l’Azerbaïdjan s’accordaient rapidement, alors le processus pourrait commencer. »

Concernant le rôle de l’Union européenne, l’homme d’affaires a mis en exergue l’accord existant depuis le lancement du projet de gazoduc Nabucco, qui prévoyait la fourniture de gaz du Turkménistan et d’Azerbaïdjan aux pays de l’UE.

« Malheureusement, Nabucco ne s’est pas fait. Pourtant, la nouvelle période qui commence va permettre à l’Union européenne et au Turkménistan de négocier un nouveau document pour définir de nouvelles perspectives. Il me semble que la signature de cet accord-cadre pourrait avoir lieu l’année prochaine. En tout état de cause, l’UE porte un grand intérêt à ce sujet. Une délégation du Turkménistan a récemment eu des entretiens à Bruxelles. En Allemagne, à ma connaissance, l’aide au Turkménistan suscite également un vif intérêt. »

M. Krahn a également porté un jugement appréciateur sur la diversification économique mise en œuvre au Turkménistan, notamment la construction de nouvelles installations de traitement du gaz naturel pour le transformer en produits de haute valeur ajoutée.

« C’est une bonne stratégie. L’expérience montre que plus la qualité des produits est haute et plus les prix sont élevés. Actuellement, il est plus intéressant de vendre des produits de haute qualité que du gaz brut et du pétrole. Les produits de haute qualité sont toujours en demande. Vendre du gaz brut, c’est le passé. Il faut maintenant aller plus loin et vivre avec son temps », a-t-il précisé.

M. Krahn a également abordé le rôle de CIFAL dont le but est d’attirer le business européen au Turkménistan, un marché stable et sûr où des projets d’investissement se réalisent chaque année.

« Nous travaillons dans différents secteurs et nous nous préparons à la réalisation d’une série de projets, notamment dans les secteurs des satellites et de la construction. Les projets gaziers et pétroliers nous intéressent aussi. Et, dernièrement, nous avons commencé à nous pencher sur le secteur chimique », a précisé Jürgen Krahn.