jeudi, 28 février 2019

Le lac Altyn Asyr et la diplomatie turkmène de l’eau

Une visite au lac Altyn Asyr (« Âge d’Or »), la cinquième plus grande étendue artificielle d’eau au monde, a permis au président Gourbangouly Berdymoukhamedov d’exposer l’une des clés de la politique du Turkménistan dans la région centrasiatique : la diplomatie de l’eau.

Au cours de ce déplacement dans la province de Balkan, le président turkmène était accompagné par des membres de son cabinet et du gouvernement ainsi que par les responsables des antennes des organisations internationales basées dans le pays et des chefs de plusieurs missions diplomatiques. Ainsi Mmes Elena Panova, coordinateur résident des Nations unies au Turkménistan, Natalia Guerman, chef du Centre régional pour la diplomatie préventive en Asie centrale, Natalia Drozd, chef du centre de l’OSCE à Achgabat, Natia Natsvlichvili, représentante au Turkménistan du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), Shahin Nilofer, représentante de l’UNICEF, et Paulina Karvocska, directeur du bureau local de l’OMS, mais aussi le chargé d’affaires de l’Union européenne, Lubomir Frebord ont pu constater de visu la transformation du désert de Karakoum provoquée par ce lac d’une dimension inédite alimenté par les eaux d’irrigation des champs agricoles à travers le pays.

En présentant les plans de développement de la région du lac, le président Berdymoukhamedov a décrit le rôle grandissant de la diplomatie de l’eau et la manière dont le Turkménistan se veut un État responsable à cet égard dans la région et le monde. Selon lui, la question de l’eau compte parmi les plus importantes en Asie Centrale. Dans certains cas, elle est le facteur déterminant dans le développement des processus régionaux. En effet, l’économie, les problèmes sociaux, le niveau de bien-être et la qualité de vie des pays de la région dépendent directement de l’accès aux ressources en eau et de leur gestion efficace.

Pour le président turkmène, les questions liées à cette thématique doivent être résolues sur la base des normes du droit international, en tenant compte des intérêts de chaque État centrasiatique et avec la participation active des organisations internationales. C’est dans ce contexte que le Turkménistan continue de travailler à l’établissement de mécanismes de coopération efficaces entre ces pays, sans oublier le cadre de l’IFAS (Fonds international pour le sauvetage de la mer d’Aral).

Le problème de la mer Aral est désormais reconnu dans le monde entier comme l’une des plus grandes catastrophes écologiques de l’histoire récente au niveau mondial. Les conséquences de l’utilisation irrationnelle de ressources d’eau ont affecté – et continuent d’affecter – la vie de millions de personnes qui vivent dans le bassin cette mer fermée.

Pour sa part, selon le chef de l’État, le Turkménistan n’a pas attendu pour prendre des mesures concrètes destinées à améliorer la situation socioécologique dans la cuvette de l’Aral. C’est principalement dans la province de Daşoguz, qui subit le plus les impacts négatifs de cette crise environnementale, que la question de la fourniture d’eau potable s’est posée avec la plus grande acuité et que des solutions ont été apportées, notamment par le reboisement de toute la zone.

Le gouvernement turkmène juge essentiel de poursuivre la construction d’un système de coopération entre les différents pays de la région et la mise en œuvre d’un Programme spécial des Nations unies pour le Bassin de la mer d’Aral destiné à apporter une approche intégrée à la résolution de la crise avec une large participation de toutes les parties prenantes.

Après la mise en perspective de son concept de diplomatie de l’eau par le président Berdymoukhamedov, les responsables de l’agriculture turkmène ont présenté les plans de développement pour la région du lac Altyn Asyr et ses régions environnantes pour les années 2019-2025.

Il s’agira dans un premier temps de favoriser la pêche en autorisant le secteur privé à exploiter les ressources du lac tout en favorisant sa gestion halieutique par l’établissement de fermes d’élevage de jeunes poissons destinés à assurer la perpétuation des espèces. Quant à la qualité de l’eau, elle sera assurée par des méthodes biologiques destinées à absorber tous les déchets organiques ou pesticides charriés par les eaux après l’irrigation des champs en amont.

Un village moderne sera construit près des rives du lac pour assurer le logement et la vie en communauté des personnels qui travailleront dans l’élevage, la pisciculture, l’agriculture et d’autres activités sur l’étendue d’eau et ses environs. Il occupera 68,8 hectares. Dans une première phase, 104 maisons seront construites et 108 autres s’y ajouteront par la suite. La nouvelle localité disposera d’une école pour 320 écoliers, d’un jardin d’enfants de 160 places, d’un centre de soins médicaux, d’un centre commercial, d’un centre communautaire et d’autres équipements.

Le village sera approvisionné en électricité par une ligne de 160 km à partir de la station de Serdar, ainsi que par des panneaux photovoltaïques et des éoliennes. Le gaz naturel sera fourni par deux pipelines capables de fournir 30 000 m3 à l’heure. Quant aux transports, la localité sera reliée à Serdar par une route à deux voies de 170 km.

Le lac Altyn Asyr est un projet ambitieux, mis en œuvre depuis quinze ans, destiné à recevoir les eaux de l’irrigation des cinq provinces turkmènes grâce à un réseau compliqué de canaux jusqu’à la cuvette de Garachor, dans le désert du Karakoum. Sa longueur prévue est de 103 km, sur une largeur maximale de 18,6 km et une profondeur moyenne 70 m. Une fois terminé, le lac pourra retenir 132 km3 d’eau. Il sera le cinquième plus grand lac artificiel dans le monde, juste devant le lac Nasser en Égypte.