dimanche, 08 septembre 2019

Favoriser la construction du tronçon afghan du gazoduc TAPI : une priorité pour le Turkménistan

L’un des principaux problèmes que rencontre la construction du gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI) – qui transportera le gaz naturel turkmène jusqu’en Inde et au-delà, dans les pays du sud-est asiatique – est la traversée de l’Afghanistan, pays en guerre permanente depuis plus de quarante ans : révolution, guerre civile entre factions communistes dans les années 1970, intervention soviétique et guérilla islamiste, à nouveau guerre civile puis intervention internationale contre les Talibans à partir de 2001.

L’insécurité est évidemment un frein aux investissements étrangers nécessaires pour mener à bien le projet de gazoduc lancé par le Turkménistan et soutenu par les pays concernés et de nombreuses organisations internationales. Pourtant, en constituant un atout économique et financier pour l’Afghanistan, l’ouvrage permettrait de créer des conditions favorables au renforcement du développement de l’ensemble de la région.

Dans le but de contribuer à la stabilisation du pays, le gouvernement d’Achgabat entretient de bonnes relations avec les autorités de Kaboul et accorde une aide matérielle et énergétique importante aux régions afghanes voisines de ses frontières : construction d’infrastructures, fourniture d’électricité, etc. Mais cela ne suffit pas encore à créer un climat favorable à la construction de la portion transafghane du gazoduc et à attirer les capitaux nécessaires.

La situation, cependant, connaît une évolution positive alors que des négociations directes entre les États-Unis et les Talibans ont eu lieu pour tenter de trouver une issue au conflit. Même si elles viennent d’être interrompues par les États-Unis, la porte à leur reprise n’est pas fermée et les observateurs estiment que le président américain ne fait que reproduire la stratégie de souffler le chaud et le froid qu’il a utilisée avec succès dans le dossier nord-coréen.

Selon Valeri Tchoumakine, expert de l’énergie au Turkménistan et en Asie centrale, c’est dans ce contexte qu’il convient d’analyser la récente nomination d’Igor Makarov, le patron du groupe d’entreprises ARETI, comme conseiller spécial du président turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov pour les questions du pétrole et du gaz.

Dans une récente interview, l’expert estime que cette nomination est un geste purement pragmatique. D’après lui, pour diversifier les exportations de gaz naturel, les autorités turkmènes comptent sur le gazoduc TAPI et les services d’Igor Makarov seront particulièrement utiles pour cela. En effet, il peut promouvoir le projet et accélérer sa construction en intéressant des entreprises et investisseurs étrangers, notamment russes.

Valeri Tchoumakine estime également que le choix de Makarov s’explique par les liens privilégiés qu’il entretient avec le Turkménistan, dont il est un grand ami, puisqu’il est né et a grandi à Achgabat. Il bénéficie d’une grande expérience dans l’industrie du pétrole et du gaz, ainsi que de relations commerciales étendues en Russie et en Europe. En 1992, il a créé le groupe de sociétés ARETI (à l’époque ITERA International), la première entreprise gazière privée de Russie. Et il est parvenu à en faire un acteur majeur du marché international de l’énergie, notamment en achetant du gaz turkmène pour le revendre en Ukraine et en Europe. Il a actuellement des projets pétroliers et gaziers sur le plateau turkmène de la mer Caspienne.