lundi, 25 novembre 2019

La situation économique du Turkménistan vue par les experts du FMI

En novembre, une mission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Mme Natalia Tamirisa a effectué une visite d’étude au Turkménistan dans le but d’évaluer les développements récents et de discuter des priorités de politique économique et financière avec de hauts responsables gouvernementaux, des entrepreneurs, des hommes d’affaires et des financiers.

Il s’agissait avant tout d’effectuer une étude d’étape des résultats de la stratégie du Turkménistan pour une croissance forte fondée sur l’investissement et étayée par une politique de substitution des importations et de promotion des exportations, des prêts dirigés et des contrôles de change sur les transactions internationales.

Rappelons que les traits principaux de cette stratégie sont le développement du secteur privé et la diversification de l’économie de manière à la rendre moins dépendante des exportations d’hydrocarbures. Cela nécessite une intensification des réformes pour relâcher le contrôle administratif, ouvrir l’économie à la concurrence et améliorer la transparence. Le volet social n’est pas oublié avec l’augmentation des dépenses consacrées aux soins de santé et à l’éducation.

Au moment de quitter le pays, les experts ont du FMI livré leurs conclusions préliminaires. Ils ont d’abord constaté une évolution significativement positive au cours des derniers mois. Désormais la croissance économique ne dépend plus seulement des hydrocarbures. Le solde du commerce extérieur demeure positif, grâce à un contrôle des changes conforme aux objectifs de substitution des importations et de promotion des exportations. Si cette politique se poursuit, la croissance économique devrait se modérer à moyen terme, avec la stabilisation progressive de la production d’hydrocarbures.

Une certaine surévaluation du manat et le rationnement des devises étrangères contribuent à peser sur l’investissement privé et la compétitivité des exportations hors hydrocarbures. Pour atteindre une croissance économique durable, il conviendrait d’améliorer la compétitivité et la convertibilité de la monnaie turkmène. Les ajustements devront être soigneusement calculés pour assurer la stabilité macrofinancière et être soutenus par des mesures visant à protéger les plus vulnérables.

La réduction de l’empreinte de l’État et l’ouverture de l’économie à la concurrence revêtent une haute importance pour promouvoir l’efficacité économique et le développement du marché. Parallèlement, la suppression progressive du crédit dirigé à faible coût aiderait à orienter les ressources financières vers l’utilisation la plus productive et à créer un système financier plus efficace et fondé sur le marché. Simultanément, la surveillance prudentielle devrait être renforcée pour maintenir la stabilité financière.

Des mesures destinées à améliorer l’efficacité des dépenses publiques seraient souhaitées pour accroître leur impact tout en économisant des ressources financières. Des dépenses plus élevées et mieux ciblées dans les domaines de la santé et de l’éducation sont essentielles pour favoriser le développement humain. Le renforcement du cadre de la politique économique et de la transparence contribuerait à garantir la rationalité des prises de décision et à améliorer l’accès au financement.

Principaux indicateurs économiques et financiers du Turkménistan (2015-2019)

 

Estimations

Projection

  2015 2016 2017 2018 2019

Production et prix
(variation annuelle en %)

 

PIB
6,5
6,2
6,5
6,2
6,3
PIB – secteur des hydrocarbures
0,1
-4,8
1,7
5,4
5,7
PIB – l hors hydrocarbures
9,4
11,4
7,2
6,3
6,5
Prix à la consommation
6,0
6,2
10,4
7,2
6,3

Investissement et épargne
(en % du PIB)

 
Investissement brut 47,3 47,0 40,8 28,2 24,4
Dont : budget de l’État 6,6 2,8 6,0 1,5 1,5
Épargne brute 31,7 26,8 30,5 33,9 29,4

Secteur fiscal
(en % du PIB)

 
Solde budgétaire global[1] -0,7 -2,4 -2,8 -0,2 -0,2
Recettes 16,6 11,7 14,9 13,5 12,9
Dépenses 17,3 14,1 17,8 13,7 13,2
Dette publique intérieure - 1,0 3,7 3,7 3,6
Dette publique totale[2] 21,8 24,1 28,8 29,1 30,7

Secteur monétaire
(variation en % sur 12 mois)

 
Crédit à l’économie[3] 39,4 24,0 14,7 12,0 10,0
Ratio crédit sur PIB 45,5 55,9 61,1 63,7 63,1
Monnaie au sens large, y compris dépôts en devises à la BCT 16.1 9.4 11.4 8.4 15.6

Secteur extérne (en % du PIB,
sauf indication contraire)

 
Exportations (en millions de USD) 12 164 7 520 8 788 11 651 12 592
Importations (en millions de USD) 14 051 13 177 10 189 5 323 5 406
Balance commerciale -15,6 -20,2 -10,3 5,6 5,0
Investissement étranger direct 8,6 5,4 4,0 3,5 3,0
Dette extérieure du secteur public 21,8 23,1 25,1 25,4 27,1

Pour mémoire

 
PIB (en millions de manat) 125 299 126 630 132 742 142 664 158 429
PIB (en millions USD$) 35 800 36 180 37 926 40 761 45 265

Sources : Statistiques du gouvernement turkmène ; estimations et projections des experts du FMI.

 

[1] Ne comprend pas les émissions d’obligations étatiques.

[2] Dette publique intérieure + dette publique extérieure.

[3] Inclut le crédit au gouvernement par l’achat de titres publics.