vendredi, 10 avril 2020

La situation économique du Turkménistan vue par la Banque asiatique de développement (première partie)

Dans son rapport sur l’évolution économique des pays asiatiques, Asian Development Outlook (ADO) 2020, qui vient d’être publié, la Banque asiatique de développement (BAD) consacre un chapitre au Turkménistan en dressant le bilan de l’année écoulée et dessinant les perspectives futures.

Les auteurs du rapport ont constaté en 2019 une accélération de la production d’hydrocarbures qui a légèrement stimulé la croissance. L’inflation est restée à deux chiffres et le déficit budgétaire est marginal. Cette année et en 2021, la croissance devrait ralentir, avec une baisse correspondante de l’inflation. En revanche, des importations importantes pour alimenter les projets d’investissement du gouvernement devraient creuser le déficit en 2020 et 2021. Des risques sont envisageables, compte tenu du probable ralentissement économique mondial provoqué par la pandémie de Covid-19 et d’une chute des prix des matières premières. Une vaste réforme est donc nécessaire pour diversifier les exportations et atténuer la vulnérabilité aux chocs des prix des produits de base.

Première partie : Performance économique

Le gouvernement turkmène a indiqué que, en 2019, la croissance du PIB avait légèrement augmenté, par rapport à l’année précédente – passant de 6,2 % à 6,3 % – tirée à la fois par l’industrie des hydrocarbures et le reste de l’économie (figure 1). De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que l’augmentation de la production de pétrole et de gaz avait stimulé la croissance du secteur des hydrocarbures de 5,4 % en 2018 à 6,6 % en 2019. Le soutien des pouvoirs publics à la substitution des importations a maintenu la croissance dans le reste de l’économie à 6,3 %.

Les estimations préliminaires de la BAD, confirment ces chiffres puisque les analystes de la banque indiquent que l’augmentation de la production de gaz a stimulé la croissance industrielle de 6,0 % en 2018 à 6,9 % l’année passée. L’expansion du secteur des services est restée stable, à 7,0 %, mais avec des gains dans le commerce de détail, la restauration et les transports. Quant à celle de l’agriculture, elle est passée de 3,5 % à 4,0 % d’une année sur l’autre.

Du côté de la demande, la hausse des exportations de gaz a soutenu la croissance, tout comme l’investissement public, quoique moins que les années précédentes. Selon le FMI, les réductions de dépenses nécessaires à l’ajustement budgétaire ont ramené l’investissement brut de 28,2 % du PIB à 24,4 % (figure 2). Il n’y a pas eu de croissance de la consommation privée, la hausse des prix ayant limité les revenus réels des ménages.

En ce qui concerne l’inflation, aucune estimation officielle n’a été publiée en 2019, mais, dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2019, le FMI avait estimé l’inflation annuelle moyenne à 13,2 % en 2018 et qu’elle passerait à 13,4 % l’année suivante, principalement en raison de l’augmentation du crédit et de la hausse des tarifs des services publics et autres prix encadrés (figure 3). Pour contenir l’inflation, le gouvernement a maintenu le contrôle des prix de certaines denrées alimentaires et services produits localement dans des magasins gérés par l’État. Dans le même but, la Banque centrale du Turkménistan a maintenu un contrôle strict des liquidités en circulation tout en encourageant les paiements en espèces. Il a également maintenu le taux de change fixe, limitant l’accès aux devises. Quant au crédit, principalement des prêts bonifiés accordés aux entreprises publiques dans les secteurs prioritaires et, dans une moindre mesure, aux entreprises privées impliquées dans la substitution des importations, sa croissance s’est poursuivie jusqu’à atteindre 63 % du PIB selon les dernières données disponibles.

En 2019, le déficit budgétaire est resté inchangé à l’équivalent de 0,1 % du PIB en 2019. Néanmoins, le déficit hors hydrocarbures a diminué, passant de 6,2 % du PIB en 2018 à 5,2 % l’année dernière (figure 4). On estime que les rentrées fiscales ont diminué de 13,5 % du PIB en 2018 à 12,9 %, alors que les dépenses sont passées de 13,7 % en 2018 à 13,2 %. La Banque centrale a financé l’essentiel du déficit budgétaire.

Les recettes d’exportation d’hydrocarbures sont à la hausse grâce à l’augmentation des achats de gaz par la Chine ainsi qu’à la reprise de certaines exportations vers la Fédération de Russie.

Les investissements directs étrangers, principalement dans le traitement du gaz, du pétrole et des produits chimiques, sont estimés à 3,0 % du PIB. Les emprunts extérieurs pour les grands projets d’infrastructure sont restés importants, contribuant à faire passer la dette extérieure de 25,4 % du PIB fin 2018 à 27,1 % un an plus tard (figure 5).