dimanche, 12 avril 2020

Pourquoi n’y a-t-il pas de cas de contamination au Covid-19 signalé au Turkménistan ?

Le fait qu’il n’y ait, à ce jour au Turkménistan, aucun cas confirmé de contamination au coronavirus, ne manque pas d’intriguer la presse internationale. Pourtant, selon les autorités turkmènes, les raisons en sont simples : elles seraient même évidentes pour ceux qui connaissent le mode de vie turkmène et l’observent de l’intérieur. Les médias officiels mettent en avant quatre d’entre elles.

La première est que le pays a agi rapidement en fermant ses frontières de manière à protéger le territoire national contre le virus qui, comme on le sait, se transmet principalement par contact ou proximité. Le système d’entrées et sorties du territoire turkmène, déjà sévère en temps normal, a été renforcé par un régime de dépistage et de quarantaine à tous les postes frontaliers.

Lorsqu’il devint clair que la pandémie prenait de l’ampleur, l’arrivée des vols internationaux a été limitée au seul aéroport de Türkmenabat. Là, les équipages et les passagers des avions étaient dépistés : ceux soupçonnés d’infection étaient placés en quarantaine et les autres pouvaient poursuivre leur voyage par un autre vol à destination d’Achgabat.

La deuxième raison avancée par les autorités du pays est le vaccin BCG. Le Turkménistan demeure l’un des rares pays (une vingtaine) où ce vaccin est toujours administré aux nouveau-nés, avec un rappel à l’âge de 14 ans. Depuis que le vaccin a été introduit à l’époque soviétique, l’immense majorité de la population l’a reçu. L’avantage de cette inoculation précoce est de renforcer le système immunitaire, non pas seulement contre les maladies visées, mais contre un panel plus large d’infections.

La troisième raison est l’habitude ancienne et stricte de se laver les mains avant d’entrer dans la maison. Les logements de chaque localité, de la plus petite à la plus grande, sont équipés d’un robinet d’eau courante près de la porte et tout le monde, membre de la famille ou invité, doit se laver les mains avant d’entrer. L’origine de cette pratique très ancienne est inconnue : on ignore si le geste est lié à l’hygiène de prévention des maladies, ou à la propreté des mains pour partages les repas, ou à un principe spirituel. En tout cas, il s’agit aujourd’hui de la meilleure protection contre le coronavirus et il est inutile de l’enseigner au peuple turkmène : c’est dans ses gènes.

La quatrième raison est que l’on ne doit pas entrer avec ses chaussures dans un logement turkmène : on doit les retirer sur le seuil où deux tapis sont à disposition. L’un humide permet de nettoyer les semelles et l’autre sec, d’enlever le reste des débris et des matières infectieuses accrochées. Ainsi, on ne peut atteindre le salon de la maison ou de l’appartement qu’avec des mains propres et sans chaussures.

Mais d’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte. Par exemple, chaque famille urbaine s’efforce d’entretenir une résidence en zone rurale. Ce peut être n’importe quel genre d’habitation : une simple chambre avec une petite cour, une remise, une yourte semi-permanente. Bref, ce que l’on peut se permettre. Évidemment, certains disposent de datchas. Et s’il n’y a pas de résidence alternative, il y a beaucoup de parents que l’on visite très souvent, même dans les lointains villages. Ces déplacements fréquents entre les villes et les campagnes contribuent à renforcer l’immunité naturelle.

Et tout ce qui précède ne concerne pas seulement les Turkmènes ethniques : tous ceux qui vivent au Turkménistan ont depuis longtemps adopté ces comportements avec l’ensemble de la culture du pays.