jeudi, 16 avril 2020

La situation économique du Turkménistan vue par la Banque asiatique de développement (seconde partie)

Perspectives économiques

Les prévisions de croissance, formulées avant la crise du Covid-19, tablaient sur un ralentissement à 6,0 % en 2020 et 5,8 % en 2021, en raison d’un ralentissement de la production et des exportations d’hydrocarbures (figure 6). Du côté de l’offre, l’industrie devrait croître de 6 % à 7 %, reflétant des gains dans la transformation agricole, l’industrie légère et les produits alimentaires, les matériaux de construction et les produits chimiques, tous des domaines ciblés pour le remplacement des importations. Le gouvernement ayant annoncé son soutien aux agriculteurs, l’agriculture devrait croître de 4 % au cours des deux années, tandis que la croissance des services devrait ralentir pour s’établir à 5 %-6 %, en fonction d’un prévisible ralentissement de la demande intérieure.

Ce dernier point devrait entraîner une diminution de l’inflation, même si des pénuries persistantes de devises provoqueront probablement de nouvelles hausses de prix pour les produits importés. Les autorités poursuivront très certainement leurs efforts pour limiter l’inflation par des contrôles administratifs des prix tout en favorisant la substitution des importations et en maintenant un taux de change fixe.

Les déficits du budget de l’État se situeront à moins de 1 % du PIB en 2020 et 2021. Le gouvernement a l’intention de continuer à soutenir les services sociaux et a prévu que 70 % des dépenses iraient à ces postes. Il a également annoncé une augmentation de 10 % des salaires, pensions et allocations.

Les contrats de vente de gaz devraient augmenter les recettes d’exportation de 7 % à 8 % en 2020 et 2021. Cependant, avec les grands projets qui nécessitent des importations d’équipements et de services, le déficit de la balance commerciale devrait se creuser pour atteindre 3 à 5 % du PIB en 2020 et 2021 (figure 7). La dette extérieure pourrait atteindre 30 % du PIB en 2020 ou 2021.

Les récents événements défavorables de l’économie mondiale, y compris la propagation du Covid-19, ainsi que les sombres perspectives des prix mondiaux des hydrocarbures, pourraient poser un risque à la baisse pour les perspectives économiques du Turkménistan.

 

Le principal défi politique : la diversification des exportations

En 2018, les hydrocarbures ont représenté 90,1 % de toutes les exportations turkmènes : 55,2 % pour le gaz naturel, 22,6 % pour le pétrole et 12,3 % pour les produits pétroliers. De ce fait, les exportations du Turkménistan sont les plus concentrées d’Asie centrale (figure 8). Elles se font dans leur immense majorité vers un marché unique : la République populaire de Chine. Cette concentration rend le pays vulnérable aux chocs des prix des matières premières observés depuis la mi-2014.

La diversification économique est un élément clé du programme national de développement socio-économique pour 2011-2030. Le programme pour 2019-2025, adopté en février 2019, souligne encore l’importance de la substitution des importations, de la promotion des exportations et de la transformation structurelle de l’économie, tout en augmentant le nombre et la qualité des emplois dans le secteur manufacturier et les services à plus forte valeur ajoutée.

Dans les mesures introduites au cours de la dernière décennie, il convient de citer la diversification de l’économie des hydrocarbures, dans le pays et à l’étranger. Le gouvernement a privilégié les investissements étrangers directs pour le traitement du gaz naturel et la production de combustibles liquides, de polyéthylène, de polypropylène, d’ammoniac et d’urée vers le développement d’industries chimiques et d’engrais à plus forte valeur ajoutée.

De grands investissements publics visent aussi à améliorer la connectivité nationale et régionale grâce à des routes, des chemins de fer, des aéroports et des télécommunications nouveaux et améliorés, favorisant ainsi la croissance. Le soutien gouvernemental ciblé aux PME axées sur l’exportation et les mesures visant à simplifier les démarches des entreprises privées locales ont augmenté la production de substituts à l’importation pour les matériaux de construction et l’industrie légère (textiles, vêtements, produits alimentaires). Ces évolutions ont accru la part de la fabrication et de la transformation dans l’industrie (figure 9). La production locale répond désormais à une large proportion de la demande intérieure, réduisant le besoin d’importer.

Le Turkménistan dispose d’un potentiel important pour étendre ses exportations de produits manufacturés et de services, mais cela nécessiterait une réforme institutionnelle et structurelle profonde pour surmonter les obstacles actuels au commerce international, rendre le pays plus ouvert au commerce et se conformer aux normes internationales. Cela devrait inclure, entre autres mesures, la poursuite de projets d’investissement efficaces, la création d’un climat propice aux affaires et à l’investissement, la promotion de l’activité du secteur privé, l’amélioration de l’accès au financement dans un système financier plus efficace et le renforcement des compétences de la main-d’œuvre.

Attirer l’investissement étranger direct dans l’économie non pétrolière pourrait aider à apporter des capitaux, des compétences et un savoir-faire en matière de gestion tout en offrant un meilleur accès aux marchés étrangers. Un autre axe essentiel est le développement du capital humain et la formation d’une main-d’œuvre plus qualifiée, ce qui permettrait de stimuler la productivité et la compétitivité du travail. Ce dernier point passe par l’amélioration de l’enseignement supérieur. Le renforcement des capacités de recherche et développement pour l’innovation contribuerait à améliorer la productivité de la main-d’œuvre.