dimanche, 28 juin 2020

Le gaz, élément du partenariat stratégique entre le Turkménistan et la Russie

La coopération dans le domaine du gaz entre Achgabat et Moscou, reprise en 2019 après quatre ans d’interruption, est en train de devenir un élément du partenariat stratégique à long terme, si l’on en croit les mots prononcés par Alexandre Blokhine, l’ambassadeur de Russie au Turkménistan, lors d’une réunion d’information donnée le 10 juin pour les médias turkmènes et étrangers. Selon lui, ce partenariat russo-turkmène s’étend à un nombre croissant d’industries manufacturières dans les deux pays.

Il peut sembler à première vue surprenant que la Russie, leader mondial en termes de réserves, de production et d’exportation de gaz naturel ait besoin du gaz turkmène. Ce paradoxe s’explique par la localisation des ressources et de la production de gaz très inégalement reparties sur le territoire immense de la Fédération de Russie. Elles sont principalement concentrées dans les zones difficiles d’accès de Sibérie et de la zone arctique. Cela rend difficile la pose de gazoducs pour l’approvisionnement de zones éloignées des sites d’extraction. Dans ces conditions, les importations en provenance du Turkménistan (et d’Ouzbékistan) permettent donc de stabiliser la fourniture de gaz dans des régions comme l’Oural, le Caucase du Nord ou les rives de la mer Caspienne.

L’ambassadeur Blokhine a notamment déclaré que la Russie a payé quelque 300 millions USD pour l’importation de gaz turkmène en 2019. Rappelons que le contrat, signé en juillet de l’année dernière, portait sur l’importation de 5,5 milliards de m3 de gaz turkmène par an, sur cinq ans. Par ailleurs, avant la signature du contrat, 1,2 milliard de m3 de gaz avaient été livrés à la Russie entre avril et juillet 2019. Cela permet d’établir que le prix moyen pondéré des fournitures à la Russie est de 76 USD pour mille m3.

Il convient de noter que ce prix est supérieur d’un tiers à celui exigé par la Chine depuis le début de cette année. Cependant, la Pékin a annoncé, en mars dernier, un cas de force majeure sur les importations de gaz en provenance d’Asie centrale en raison des conséquences de la pandémie de coronavirus et réduit ses achats. Le volume exact de ces réductions n’a pas encore été officiellement annoncé, mais selon les estimations, elles atteindront probablement entre 35 et 40 % d’ici la fin de l’année. Dans cette situation, l’approvisionnement de la Fédération de Russie – en particulier à des prix relativement élevés – constitue une aide économique très importante pour le Turkménistan.

Pour l’ambassadeur russe, la collaboration gazière entre son pays et le Turkménistan est d’autant plus importante que, pour le moment, le projet de gazoduc transcaspien (destiné à transporter du gaz turkmène vers la Turquie et l’Union européenne) traverse une phase de stagnation. Selon le représentant de la Commission européenne pour l’énergie, l’UE et le Turkménistan ne sont pas en mesure de construire le gazoduc transcaspien. La mise en œuvre de ce projet requiert d’attirer de grandes entreprises. Or, pour le moment, l’UE et le Turkménistan n’ont pas encore conclu d’accords avec de tels partenaires spécifiques.

En matière de pipelines, la Russie coopère aussi avec le Turkménistan sur le projet de gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Ainsi, les entreprises russes ont livré 90 % des tuyaux de grand diamètre pour le segment turkmène de l’ouvrage qui, d’après Alexandre Blokhine, « contribuera à la stabilisation de la situation en Afghanistan et à la croissance de son économie ».

Naturellement, la coopération économique russo-turkmène ne se limite pas à l’approvisionnement en gaz. L’ambassadeur Blokhine a relevé que les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de 1,5 fois en 2019, pour s’élever à 695 millions USD. Avec les ventes de gaz, ils ont atteint près d’un milliard USD. Il a également indiqué que, au premier trimestre de 2020, le volume des échanges a augmenté de 2,7 fois par rapport à la même période en 2019.

Cette augmentation significative est principalement due aux approvisionnements russes destinés à de nouveaux grands projets au Turkménistan. Ainsi la société Vozrojdenie a remporté un appel d’offres pour la construction de remblais de protection contre les coulées de boue à Achgabat ; La société automobile KAMAZ fournit des machines et des équipements connexes pour divers secteurs du Turkménistan. Le pétrolier Tatneft continue de coopérer avec la société d’État Turkmenneft. Des entreprises russes effectuent des livraisons importantes de tuyaux pour l’industrie pétrolière et gazière turkmène.

La coopération se développe aussi sur les produits textiles que le Turkménistan exporte. Le 19 mai dernier, les chambres de commerce et d’industrie russe et turkmène ont organisé une vidéoconférence pour présenter les capacités d’exportation des entreprises textiles du Turkménistan. La société russe Primtex (région d’Ivanovo) s’est montrée particulièrement intéressée par la qualité des produits de coton turkmènes et aspire à une coopération technologique dans le traitement des matières premières textiles.